Galette de blé noir — pâte sans gluten historique
Le blé noir (sarrasin, Fagopyrum esculentum) n’est pas une graminée mais une polygonacée. Pas de gluten. La pâte à galette est donc rustique, à base d’eau et farine, qui tient par l’amidon et parfois un œuf.
Recette de base
- Farine de blé noir : 500 g
- Eau froide : 1 à 1,2 L (hydratation 220-240 %)
- Sel de Guérande : 15 g (3 %)
- Œuf (facultatif, pour assouplir) : 1
Pétrissage
- Dans un cul-de-poule, verser la farine et le sel
- Faire un puits, ajouter l’œuf
- Verser 1/3 de l’eau et fouetter énergiquement 5 min — l’air incorporé est essentiel à la texture
- Détendre avec le reste d’eau progressivement
- Repos 1 h minimum (idéal : 12-24 h au frais, la pâte développe son parfum de blé noir)
Cuisson sur biligh
Le biligh (plaque fonte breton) est chauffé à 230-250 °C. Pâte étalée fin au râteau (rouable). Cuisson rapide 1-2 min :
- Faire grésiller du beurre demi-sel au centre et étaler avec la pâte
- Étaler fin avec le rouable
- Attendre que les bords se décollent et que des bulles apparaissent
- Retourner (ou non pour une galette simple)
- Garnir à chaud et replier en carré
Hydratation 200-240 % — pourquoi ?
Le blé noir n’a pas de gluten pour retenir l’eau. Sans hydratation très élevée, la galette est sèche. Les 220 % sont souvent considérés comme le minimum pour une galette fine et croustillante.
Kouign-amann — tourage pâte+beurre+sucre
Spécialité de Douarnenez (Finistère), inventée vers 1860 par Yves-René Scordia. « Kouign » = gâteau, « amann » = beurre.
Ratios canoniques
3 parts égales en poids :
- Pâte à pain : 1 part
- Beurre demi-sel : 1 part
- Sucre : 1 part
Exemple : 400 g de pâte, 400 g de beurre, 400 g de sucre.
Technique
- Pâte à pain levée : farine T55 + eau tiède + sel + levure boulangère, pétrissage court, pousse 1 h
- Beurre carré : beurre bien froid formé en pavé plat
- Tour simple × 3 avec sucre : étaler pâte, poser beurre au centre, enfermer, étaler, saupoudrer de sucre, plier en 3, tourner d’un quart, répéter 3 fois en ajoutant sucre entre chaque tour
- Façonnage : forme ronde cannelée, à défaut moule carré
- Cuisson : four 220 °C en bas four, 35-45 min — caraméliser à cœur, surface brun foncé-sucre fondu
- Dérober du moule à chaud, repos 15 min
Difficulté — contrôle de la température
Le beurre ne doit pas fondre pendant le tourage (il coulerait et perdrait les feuillets). Travailler :
- Dans une cuisine fraîche (18-20 °C)
- Avec plan de travail refroidi (plaque froide)
- Repos frigo entre les tours si pâte molle
Le kouign-amann est plus difficile qu’une pâte feuilletée classique à cause du sucre qui fond pendant la cuisson et peut brûler les feuillets.
Far breton — flan dense au blé
Pas une pâtisserie « légère » : le far est dense à cœur, proche du clafoutis mais plus riche en œufs.
Recette classique
- Farine de froment T45 : 250 g
- Œufs entiers : 4
- Sucre : 150 g
- Lait entier : 750 ml
- Rhum : 2 càs (facultatif, controversé — l’authentique du Léon ne met pas de rhum)
- Pruneaux dénoyautés : 200 g
- Beurre demi-sel pour le moule
Technique
- Fouetter œufs + sucre jusqu’à blanchir
- Incorporer la farine en pluie, fouetter sans grumeaux
- Détendre progressivement avec le lait
- Beurrer un moule à bords hauts, parsemer des pruneaux
- Verser la préparation
- Four 180 °C, 1 h — surface brun foncé craquelée
- Déguster tiède, texture flanne-caoutchoutée
Variantes légitimes
- Far nature (sans fruits)
- Far aux raisins secs (plus ancien que les pruneaux)
- Far salé (jambon, lardons, oignons) — version rare
Caramel au beurre salé (CBS)
Popularisé fin XXᵉ s. par Henri Le Roux (Quiberon) puis démocratisé par la famille Larnicol.
Recette de base
- Sucre : 300 g
- Beurre demi-sel : 100 g
- Crème liquide 30 % : 200 g
- Fleur de sel : 1 pincée en finition
Technique
- Caramel à sec : faire fondre le sucre dans une casserole à feu moyen sans remuer, jusqu’à brun ambré foncé
- Hors feu, ajouter le beurre froid en morceaux — gros bouillonnement, mélanger
- Incorporer la crème tiède en filet, remettre à feu doux et cuire 2-3 min pour homogénéiser
- Ajouter la fleur de sel
Point de cuisson du caramel
- Blond (155 °C) : trop clair, goût de sucre
- Ambré (165 °C) : caramel équilibré
- Brun foncé (175 °C) : amer, intense — le bon pour CBS
- Noir (180 °C+) : brûlé, à jeter
Au-delà de 175 °C, les notes amères compensent le sucre et donnent toute sa signature au CBS. Trop clair = pâtisserie plate.
Cuisson des fruits de mer
Moules à la crème (version bretonne)
- Moules de bouchot : 2 L (environ 2 kg)
- Oignon rose de Roscoff : 1
- Beurre demi-sel : 50 g
- Vin blanc sec breton (Muscadet) : 100 ml
- Crème fraîche épaisse : 150 g
- Persil haché
Faire suer l’oignon au beurre, mouiller au vin blanc, ajouter les moules, couvrir à feu vif 5-6 min en secouant. Retirer les moules, lier le jus à la crème, assaisonner, napper les moules.
Saint-Jacques poêlées beurre blanc
Noix de Saint-Jacques fraîches (jamais congelées), 1 min par face dans beurre mousseux. Beurre blanc : échalote confite au vin blanc, lier au beurre froid en fouettant hors feu.