Le mezze plutôt que le plat unique
La tradition libanaise est le mezze : une dizaine de petits plats partagés au centre de la table, plutôt qu’un plat principal avec accompagnements.
Composition typique d’un mezze libanais
Mezze froids :
- Houmous (purée de pois chiches au tahini)
- Moutabal / baba ganoush (aubergine fumée au tahini)
- Labneh (yaourt égoutté, à l’huile d’olive et zaatar)
- Taboulé (persil, boulgour fin, tomate, oignon)
- Fattouch (salade au pain pita grillé, sumac, mélasse de grenade)
- Feuilles de vigne farcies (warak enab) au riz et tomate
Mezze chauds :
- Falafels (boulettes de pois chiches frits)
- Sambousek (chaussons au fromage ou à la viande)
- Kebbé (boulettes de boulgour farcies à la viande)
- Mouhamara (purée de poivrons aux noix et mélasse de grenade)
- Manakish (pains plats au zaatar ou au fromage)
Toujours présents sur la table :
- Pain pita frais
- Huile d’olive extra vierge en bouteille
- Citron à presser
- Olives noires
- Concombres et tomates crus
La philosophie du mezze
Le mezze n’est pas un “ensemble d’entrées” — c’est le repas lui-même. Le concept occidental de “plat principal” n’existe pas. Chacun :
- Pioche dans tous les plats à la fois
- Compose ses bouchées avec du pain pita
- Mélange selon son goût
- Mange à son rythme
C’est une structure profondément sociale : on partage tout, on discute longuement, le repas peut durer 3-4 heures.
Végétarien par tradition
Beaucoup de classiques libanais sont naturellement végétariens ou vegans :
- Houmous, moutabal, labneh (lacto-végétarien)
- Falafel, taboulé, fattouch (vegan)
- Moussaka libanaise / msaka’a (vegan)
- Ful medames (vegan)
- Mouhamara (vegan)
- Warak enab (feuilles de vigne au riz, vegan)
Ce n’est pas une adaptation moderne — c’est la tradition, notamment liée au calendrier de jeûne chrétien orthodoxe (Carême et autres périodes) qui dure environ 200 jours par an au total.
Quand un végétarien commande dans un restaurant libanais, il a accès à 80 % de la carte sans aucune modification — alors qu’il n’a souvent qu’une option dans un restaurant français classique.
La place de la viande
La viande (agneau surtout, parfois bœuf, poulet) existe dans la cuisine libanaise mais reste secondaire et festive :
- Kebbé à la viande (festif)
- Shish taouk / shawarma (grillades de rue)
- Kafta (boulettes grillées)
- Mloukhié à l’agneau (plat familial)
Le poisson et les fruits de mer sont importants sur la côte (Beyrouth, Tyr, Tripoli) mais moins dans les régions intérieures.
Herbes fraîches en quantité
Le persil plat (baqdounis) et la menthe (na’na) ne sont pas des garnitures dans la cuisine libanaise — ce sont des ingrédients principaux.
Un taboulé libanais traditionnel est une salade de persil avec un peu de boulgour fin, pas l’inverse. Les proportions :
- 4 gros bouquets de persil plat (~400 g effeuillé)
- 50-80 g de boulgour fin trempé
- 3-4 tomates en très petits dés
- 1 oignon nouveau en rondelles fines
- Menthe fraîche (1 bouquet)
- Jus de 2-3 citrons
- 100 ml d’huile d’olive
- Sel, poivre, parfois 7 épices libanaises
La version française du taboulé (semoule fine + dés de tomate
- touche de persil + vinaigrette) inverse complètement les proportions et n’a plus grand-chose à voir avec l’original.
Citron omniprésent
Le jus de citron frais est utilisé dans presque tout :
- Houmous (équilibre du tahini riche)
- Taboulé (acidité dominante)
- Falafels (sauce tarator au citron)
- Grillades (marinades et finition)
- Soupes (adas bi hamod, soupe de lentilles au citron)
- Boissons (limonades à la fleur d’oranger)
C’est l’équilibreur d’acidité universel de la cuisine libanaise, comme le vinaigre de riz au Japon ou le vinaigre noir de Chinkiang en cuisine sichuanaise.
Le citron jaune classique (et non le citron vert) est celui utilisé traditionnellement. Toujours du jus frais — jamais en bouteille.
L’huile d’olive comme finition
Contrairement à la cuisine française où l’huile d’olive est une matière grasse de cuisson, en cuisine libanaise elle est aussi l’élément de finition universel :
- Filet généreux sur le houmous au moment du service
- Filet sur le labneh
- Arrosage des falafels après friture
- Sur le fattouch en vinaigrette
- Sur le foul medames brûlant
- Dans les pâtisseries salées (manakish)
L’huile doit être extra vierge, première pression à froid, idéalement libanaise (récoltes du Chouf, de Koura ou de la Bekaa). Une bouteille moyenne se vide vite.
Hospitalité comme valeur centrale
La culture libanaise place l’hospitalité (karam) au cœur des valeurs. Quelques règles :
- Refuser un plat ou un café est mal vu (au moins goûter)
- L’hôte sert ses invités en premier et insiste
- Les portions sont généreuses, le surplus est normal
- Repartir avec un sac de restes est le signe d’un repas réussi
- “Sahtein” (à votre santé !) accompagne le début du repas et les services
Voir aussi
- Techniques fondamentales — houmous, aubergines, sauces tahini
- Erreurs courantes en France